Ors de Venise oil on canvas Mar Thieriot

Secret Garden oil on canvas Mar Thieriot

UN MANTEAU VENU
DU CRÉPUSCULE
Sans presque rien savoir,
Malgré ma naïveté
Ou grâce à elle:
Reconnaitre en toi,
Une même lignée.
Une fêlure déjà vue,
Une audace pareille,
Un entêtement semblable,
À traverser...
Les désastres
Les trahisons
La déroute.
Certaines plaies nocturnes resteront là
Pour nous rapprocher d’autres soleils,
Moins tristes et menteurs.
Tu écris,
En effet,
Des poésies plus belles que le matin
Et d’où l’on ne revient
Jamais complètement,
Qui nous happent
À la tombée du soir
Comme la lampe obstinée
D’une vérité vertigineuse;
Vielle à pleurer...
Je te réponds
Comme deux feux se fondent
Dans un brouillard épais.
Un manteau de crépuscule
Me colle à la peau,
Mes cernes de chouette me trahissent:
Oui: je me suis débattue
Pour te souffler
Un seul vers,
Mais où tu te reconnaisses,
Et ébauche un sourire.
L’héritage d’un matin
Obéissant et pauvre,
Des hommes de pluie,
Des femmes du vent,
Est l’étoile née d’un souffle dans
l’ombre,
Qui luit tenace,
Au point du jour,
Au tournant,
D’un chemin.

LE SOLEIL PLEURE Tel le jour qui renait, Après une enivrante nuit d’été, Un nuage me porte la pluie. Le ciel souffle avec constance Sur le brouillard qui enveloppe la ville, Une vie de vents s’éveille À la lumière blanche. À la lumière nue, À la lumière sue. Douceur et furie réunies, Composent, Nos arcs en ciels foudroyés. En mon coeur, Il ne cesse de saigner Et de pleuvoir. Les pleurs sont une coulée calme Et translucide, Un baume, Les pleurs soulagent Nos combats nocturnes, Émus et sombres. Je panse les plaies de notre fatigue, De notre difficulté à formuler Des mots qui ébranlent les choses, Des mots incantatoires, Des mots fidèles à Artaud, À Verlaine, Aux nuages Et aux larmes De mon impossible Soleil.

ENTRE FLEUVE
ET BERGE
Longtemps,
J’ai regardé obstinément
Le fleuve obscur.
Des années durant,
Hésitante,
Oublieuse.
Un fleuve profond et froid,
Difficile d’approche.
Puis j’ai doucement effleuré l’eau,
D’une main légère,
Un peu ridée déjà.
Dans mes yeux dansaient
La flamme d’une chandelle,
Le sourire d’une femme:
Aurore.
Le fleuve m’appela régulièrement,
Je me suis dirigé vers sa berge
À pas perdus,
À pas confiants et sereins,
À pas désespérés:
C’était selon les saisons du coeur.
Des mots solides
Ont bruissé en moi,
Réservés.
Un matin la frontière s’établit enfin,
Entre le fleuve
Et la berge:
Je plonge
Et mon expérience de la profondeur
Devient irréversible.
Insensible au froid,
J’ai avalé l’eau du courage.
La berge
Et l’imposture désertée,
Démasquée:
La vie bouillonne enfin,
Souffle, tonne et foudroie...
Sur le fleuve silencieux
Et épris,
De mes manuscrits.
Ces rameaux entrelacés
De ton être et de mon vent

APNÉE
De très brefs instants,
à la limite de la
‑ résistance due
Au souffle ravalé,
Je sonde les abysses
Bleutés,
À la recherche d’une
Jeune femme noyée,
Aux cheveux serpentés
D’algues,
Au corps
Meurtri de bleus,
Aux rêves
D’enfance violé,
Au regard
éteint,
Par la souffrance
Répétée.
Je reviens avec elle,
Vers un appel d’air
‑ à la surface des choses,
Le corps inerte
De nouveau né,
‑ sur la plage de nacre,
Attend le retour des couleurs,
Un ciel enfin retrouvé.
Toujours happée par
L’abîme,
La noyée et les algues,
Prise du vertige
Des profondeurs irisées
D’une écriture marine
Et solitaire,
Je comprends que
je suis cette revenante
De l’eau profonde.
Longtemps,
J’ai psalmodié,
Tout bas,
La langue des coraux,
Dans un carnet peuplé
De nautilus et d’hippocampes.
Une voile croise la nuit,
Et je sombre
Dans l’or du rêve...
Une voix méconnue,
Scande en moi
Le soleil.

UNE EXPO, UN LIVRE: UNE OEUVRE AU CENDRES...........

DE CENDRES ET D’OR

Après avoir suivi

toutes les étapes alchimiques,

D’une oeuvre littéraire,

De l’albedo au nigredo,

Du plomb qui vire à l’or

Et de l’or qui vire au plomb,

Le temps arrive de s’extraire

De la rivière des mots

Qui nous submergent,

Et de voir couler la lave ardente

Du texte,

Sans hâte.

Quitter les phrases vaines,

Aller

Par-delà les categories,

Du sens ou de l’absurdité...

Commence alors

une oeuvre aux cendres,

Une oeuvre libre.

Le poème devient

un geste que l’on pose,

Cette oeuvre irrompt nucléaire,

Sans d’autres attaches que

La coulée profonde

Des voix limpides

De nos ors les plus hauts