HUMAN MUTATION

29. sept., 2017

 

 « C’est qu’avant le trou

Avant le grand coucher

Des patrouilles boréales

 

Il y aura un regard

 

Décharge d’éternité fusillée »

 

Nicolas Rozier in Vivre à la hache, Éditions L’arachnoïde, 2017, p.28

 

 

 

 

 

 LA VOIE DES CENDRES : PHILOSOPHIE ET POÉSIE

 

 

 Tracer la place d’une conscience nébuleuse dans un itinéraire poétique.

« Ça leur plaira bien un jour... » Se disait Ludwig von Beethoven, encourageant de la sorte les sens novateurs  dégagés vivants de

«  cette nuit  des nuits »[1]

équivaut à tracer une « voie des cendres ». Une voie qui cherche l’or à même la cendre des rêves et des illusions humaines, une voie qui ne fuit pas le néant ni la nuit, mais un chemin tout de même vers la vérité du visage, qui dans son regard continue d’épeler l’infini.

 

 En effet faut il se résigner au fait que tout homme fixe son prix et que la conscience ne soit qu’un vernis comme le défendait Freud ?

Qu’est-ce qui fait sens à présent pour une vie qui écrit ? Qu’est-ce qui la fait fuir, reculer, ou au contraire la pousse à s’engager dans l’inconnu ? Qu’est-ce qui fonde - ou ne fonde plus - en toute légitimité, l’acte poétique? Et en définitive quelle est la place accordée à la vérité d’une conscience dans l’élaboration de la connaissance humaine ?

À sa poétique ?

A-t-elle seulement une place, aujourd’hui ?

 Est elle en premier lieu un cri :

 

 

JE VEUX MON BÂTON

D’enfant sur terre[2]

 

 

 Et puis qui est la personne dont on parle ?  Nicolas Rozier peintre et poète

contemporain qui avant de publier Vivre à la hache, a mis en ligne sur Face book un poème par jour, cassant la voie traditionnelle de l’écriture, faite en secret, pour écrire publiquement et in vivo dans les réseaux sociaux :

 

CE SERA TOI OU LA TOMBE[3]

 

Parler de la légitimité de la place la poétique de la personne, équivaut à articuler résistance et mutation culturelle.

 

En effet,  l’on constate la présence d’une grave rupture dans le monde contemporain, entre une quête de sens et de valeurs humaines d’un coté, et la réalité d’une vie planétaire orientée par un besoin croissant de sens, mais tendue et épuisée par le souci de satisfaction matérielle à court terme d’un autre coté et qui s’impose souvent de façon arbitraire dans les institutions universitaires et dans la société de façon générale.

 La marge continue de tenir la page est c’est en consultant mon I phone presque compulsivement que j’observais avec un petit millier de personnes s’écrire un livre comme une bouffée d’oxygène dans un univers

chaque fois plus étouffant.

 

 Un soir le dépit à son comble je lis :

 

Tu n’es pas un homme

 mais une quille[4]

 

 

  L’écriture in vivo semble donc devoir s’articuler autour d’un double fondement simultanément théorique et subjectif, déjà indiqué par Basarab Nicolescu, en son ouvrage Théorèmes Poétiques, c’est à dire une formation qui reconnait l’importance de l’élaboration d’une vie intérieure de la personne, de son «  souffle »,  d’une poétique in situ, qui s’écrit et se donne simultanément et  du silence, et du recul  à partir  duquel l’on compose.

  Poétique  avec laquelle l’auteur peut faire face et transcender les déterminismes bio-psychosociologiques qui l’enferment et le piègent dans le rôle d’objet ; objet de désir, objet d’expériences malgré lui, marchandise de troc, pièce d’un rouage, machine hypercomplexe etc.

 

 Tu vas comprendre

Un grand coup

Les crépuscules

Les ciels éventrés

et l’enfant mort

condamné à vivre[5]

 

 

 

 

Cette  nouvelle  forme d’écriture implique d’avoir recours à un contact direct avec le public voire de transformer la condition humaine par l’expression immédiate de cette dimension subjective et poétique,  ce qui nous permettrait de donner une voix aux situations de grande souffrance où se trouve l’humain parce réduit à l’inaudible, à fonctionner en objet, étant donné le caractère vertical, impositif et unilatéral de nombreuses situations de formation et de gestion des organisations scientifiques contemporaines. Nicolas  Rozier est également professeur.

 

 

Cette souffrance, ce malaise de la personne, ne concerne pas seulement les pays pauvres, la crise de sens que traverse l’humanité actuellement affecte aussi bien les pays riches et se traduit souvent par une perte d’élan et d’enthousiasme, d’essoufflement, pour des causes qui ne soient pas individualistes, pragmatiques et aux visées purement immédiates, voire par une révolte ouverte, déclarée à l’égard de la culture occidentale, une culture qui ne cesse de se contredire, qui préconise les droits de l’homme et bafoue sans cesse ces mêmes droits dans un tiers et un quart monde exsangue, comme le témoignent les émeutes récentes  partout dans le monde, et qui révèlent l’absence d’autorité éthique réelle, de liberté de positionnement, de la majorité des représentants de cette culture sur place.

 

René Barbier définit le sujet comme un sujet dénué de masques, silencieux et disponible : « A la persona succède le sujet sans nom, la « personne » proprement dite. Qu’est-ce qu’une personne ? Un individu chez qui il n’y a plus « personne » à nommer parce qu’il a reconnu, dans le travail intérieur sans concession, son insertion totale dans un espace-temps qui le dépasse et dont il sait qu’il en est le porteur essentiel » . Ce faisant René Barbier fait davantage référence à un « soi » dialogique et généreux, plutôt qu’à un « je » égocentré et incapable de décentration, qui lui permet d’aller à la découverte de ce que Krisnamurti désigne par son « Autreté ».

 Son « autreté » est un terme savant, pour définir le visage humain. Ce visage doit être vu avant même les capacités, le potentiel ou les limites de chaque intervenant au sein du groupe,  le visage nous introduit à un autre mode d’habiter et d’échanger dans le monde, un mode de re-création ou réenchantement du monde, une manière de renouer avec le souffle du monde : là ou l’art et science s’interpénètrent poétiquement.

 

 Il te répond de très loin

Le disparu inné

De ton coeur[6]

 

 

 

Devant le clair-obscur, la nébuleuse des motifs, quelles valeurs, Qu’est ce qui nous« dé-finit » humains  sinon la poésie de nos visages ?

Il nous faudrait donc oser étudier une nébuleuse, aller vers cette poétique du vide et risquer, au sein des organisations,  créer les conditions d’une rencontre du sujet avec lui-même, grâce à la médiation du poème, antérieure à une rencontre du sujet avec le groupe externe, autour du vecteur que représente sa présence dans le groupe, ou ce qui oriente cette présence... D’abord se savoir visage, se savoir infini, se savoir autreté

 

Le visage n’est pas de cette vie[7]

 

J’ai observé que le suivi de ces pistes nébuleuses contenues dans la poésie de Nicolas Rozier  pourrai conduire à la création commune de projets qui font du sens pour les autres et pour nous-mêmes, des projets ou la vie l’emporte sur la mort, des partages in vivo de nos créations communes.

 

LES NÉBULEUSES

 Je n’ai jamais vécu d’entente parfaite, dénuée de conflit ou de souffrance, ni dans les grands ni dans les petits groupes avec lesquels j’ai eu le privilège de pouvoir travailler. Actuellement, je dirais même que les groupes sereins, rieurs, où le souci de l’autre et la joie d’être ensemble l’emportent sur les préoccupations narcissiques individuelles, l’appât du gain et les prises de décision arbitraires, sont bien souvent un pari pour l’avenir. Nous avons été durement dressés à la compétition - loyale et déloyale - à l’individualisme forcené, au pragmatisme aveugle et c’est difficile de s’en défaire.

Il nous faut toujours être préparé pour le retour du refoulé...

Mon rôle a été bien davantage de montrer à mes collègues la dimension féconde et intéressante des conflits sous leur apparence tragique, car ils ont pour fonction de dévoiler, de rendre manifeste des souffrances que l’on voudrait taire ou occulter. L’utilité d’apprendre à traverser ces conflits sans pour autant se séparer ou se déstructurer complétement, d’être capables de s’aimer et de se respecter profondément dans la discorde, dans la crise, dans la non-reconnaissance et l’absence de résultats apparents de nos travaux, indique la possibilité de trouver une tierce place, cette zone de non-résistance, floue, NÉBULEUSE, POÉTIQUE, devant des positions antagonistes, et, fidèle à Varella et à Deleuze, la possibilité de se frayer rhizomatiquement un chemin vers un mieux être ensemble,

Une rencontre des sens pluriels, des mutations culturelles à venir.

 

 L’ABSOLU EST INCREVABLE.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Nicolas Rozier in Vivre à la hache, Éditions L’arachnoïde, 2017, p.28

[2] [2] Nicolas Rozier in Vivre à la hache, Éditions L’arachnoïde, 2017, p.22

[3]  Ibidem , p 19

[4] Ibidem

[5] Ibidem , p.46

[6] ibidem p.36

[7] Ibidem 30

 

28. juil., 2017

 

 

 DIALOGUE ; a cultural mutation

 

 Impasses, which leads to a speechless experience

 

Sometimes we avoid speaking, because we feel that we will be caught in a conditioned situation, we will say exactly what people expect us to say, or behave in a predictable, repetitive manner, we are not able to express freely our inner feelings with our own words.

Avoiding speaking is even sometimes a way to escape from a concrete or symbolic form of death.

Many philosophers are dead in order to defend human dignity and integrity; Socrates was the first one among them. He claimed he won’t say he knew what he didn’t, and that all he knew is that he knew nothing, while his opponents were sure to possess the truth about what ought to be the meaning of life.

In that case, during the process of Socrates, the law was perverted. In a democratic context our laws should protect the human beings, both fiscally and psychologically, give them the necessary care in order to encourage people to develop equally and safely, allowing each one of us to maintain integrity and dignity in all kind of situations, good our bad, we are going through.  In that particular case, laws are there to warrantee equal conditions of human development and access to health care.

Those conditions allow us to be able to speak, by ourselves and together.  Words may be very powerful, they can unify heaven an earth in a poetic manner, allow new beginnings, fix what was broken between two people, or within a group... So, when you encourage someone, to find his own voice, to sing his own song given to him while he was born, as in some African tribes, you help him to create his own and unique way of being present in the word he lives in. In order to be yourself you have to speak by yourself.

 

Or we need both cognitive ad affective conditions to be able to dialogue, to share our genuine self with others in order to reach understanding. Following Affect psychology works we need to share mutual joy and interest; those are crucial affects in a dialogue process, as important as the ability of induction and deduction.

 

 To often, anyway, when the democratic laws are not present we engage in a survival fight,

That leads to have “dominant voices”, the ones that reach the medias, the ones that dominate in a family, or in a professional group, not because they are the wiser one but because they are the stronger one. Those are dangerous voices that yell instead of thinking before talking, and confine people to silence. In those cases people obey not because the law has a meaning, not because the authorities are competent enough , but because the authority is the authority, full stop, no arguments other than oppression, fear, and ambition.

A cultural mutation may be able through dialogue, and that is the main point developped in my book

 

Mar Thieriot 2017

 

10. juil., 2016
10. juil., 2016

On My readings of Pema Chodron, Dr. Brian Lynch, and Dr. Basarab Nicolescu